Bruxelles : base arrière du terrorisme ou avant-garde d’un nouveau logiciel ?

Attentat - Bruxelles

Il y a des faits qui se répètent, incontestablement. Sans préjudice de leurs aboutissements et conséquences, les procès et enquêtes passés et en cours en attestent. Oui des auteurs et des auteurs présumés d’actes terroristes ont fait leurs classes chez nous. Oui ils ont trouvé dans la densité et l’anonymat de certains quartiers de Bruxelles un terreau et des lieux pour préparer leur forfait. Oui, dans certaines communes, le compteur électoral a parfois plus servi de baromètre que les signes avant-coureurs des questions identitaires, de l’isolement et de la radicalisation dangereuse qui gagnaient du terrain. Oui, le trafic d’armes est un fait et il passe aussi par Bruxelles. Oui il faut avoir le courage de regarder cela en face, avec la lucidité qui s’impose.

Le souffle de la déflagration balaye un certain nombre de certitudes. Il met à nu des manquements qui ne sont d’ailleurs pas que belges, mais qui le sont aussi. Le caractère diffus de la menace, sa persistance et son interconnexion changent tout. Il ne s’agit plus d’une « importation » malsaine des conflits de l’autre rive de la Méditerranée. C’est en Europe et donc à Bruxelles que ces conflits, leurs images et leurs récits sur les réseaux sociaux nourrissent un terrain miné d’identités blessées. Il n’y aura plus d’ici et de là-bas, de protection étanche entre « eux et  nous ». Certains appellent cela la guerre. C’est en tous cas un péril nouveau qui nous appelle à élargir notre radar plutôt que de resservir des poncifs telle la fusion des zones de police en région bruxelloise, de balancer des slogans (insultants) à valeur avant tout électorale, de se faire mousser avec des affirmations péremptoires sur l’Islam ou la riposte militaire ou d’incriminer encore et toujours les insuffisances européennes dont nous sommes pourtant les artisans.

Ce qui est vrai à l’échelon européen l’est au niveau belge. Molenbeek est montrée du doigt, ramasse les coups. Sa bourgmestre et son équipe sont en première ligne et en dépit de faits graves, répétés et d’un lourd passif vieux de 20 ans, elles ne peuvent être les seules à avoir à en répondre. Dans de telles circonstances, les citoyens inquiets, humiliés ou simplement déboussolés aspirent à être entendus et reconnus. D’un coté ou de l’autre du canal, ils sont en droit d’attendre plus qu’une (laborieuse) coordination entre bourgmestres, zones de police, Justice et Intérieur, aussi nécessaire soit-elle, ou la création d’une structure à cet effet avant même d’en définir les missions. Il ne s’agit là que d’instruments. Ils sont en droit de voir et d’entendre un Ministre-Président qui monte au créneau aux côtés de cette bourgmestre, qui leur parle et parle en leur nom, qui leur rend du courage, une dose de fierté et confiance en eux et dans cette ville qu’ils aiment. Ce n’est pas que de la forme, c’est aussi de la vision.

Pour qu’elle devienne peu à peu réalité, ce qui doit prévaloir dans les mois et années à venir, c’est un changement de logiciel. Chacun des élus belges doit en prendre la pleine mesure et, tout en assumant sa propre responsabilité, lever le nez de son guidon local, régional, fédéral et européen. A tous ces niveaux, croire par exemple que la seule intégration par le travail, pour importante qu’elle soit et si tant est qu’elle devienne réalité, mettra fin à la quête de sens de tant de jeunes bruxellois et européens, traduit une grande myopie. Leur perception du monde et de l’avenir est tellement différente. L’Union Européenne ferait bien, elle aussi, de s’intéresser à la façon dont ses grandes villes repèrent et soignent les causes et signes de déshérence de ces adolescents sur le chemin de la rupture, qui deviennent par la toile des proies facile pour de pseudo-musulmans recruteurs à la solde de Daech. Car une fois cette rupture consommée, le danger qu’ils commencent alors à représenter appelle une autre dimension, celle du renseignement, adéquat, efficace, contrôlé, transmis au bon moment, aux bons acteurs, y compris sur le terrain transnational. C’est d’un vrai outil de sécurité intérieure et de renseignements, utilisable et commun à tous les européens, dont nous avons un urgent besoin. Pas seulement pour rechercher les coupables de la barbarie, mais pour les empêcher de passer à l’acte.

Du coté citoyen, à la compassion ressentie à l’égard des victimes du 13 novembre qui ressemblent tant à notre diversité bruxelloise s’ajoute une autre blessure, déjà largement ouverte depuis des années. Celle que ressentent tous les musulmans, qu’ils soient ou non pratiquants, eux-mêmes pas toujours au clair sur ce terrain et à qui l’on demande tantôt de parler plus fort, tantôt moins fort, alors même qu’on ne désigne pas l’ennemi, le wahhabisme et sa folie meurtrière. Ou qu’hypocritement on entretient des relations « business as usual » avec le pays où il prend racine. Celle des candidats réfugiés arrivés en nombre depuis cet été et qui étaient loin d’ imaginer que l’horreur qu’ils ont fui pouvait se reproduire dans leurs villes d’accueil. Les voilà redevenus potentiellement victimes ou confondus avec leurs bourreaux. Celle enfin de citoyens de toutes origines que la déferlante d’informations et de faits qui se déroulent dans leur environnement proche ne cesse d’inquiéter et (r)éveillent la hiérarchie des identités Ce sont les meurtrissures qui seront les plus difficiles à soigner et dont le traitement demandera de la fermeté, des mesures claires et efficaces pour protéger le bien commun et le vivre ensemble,, mais aussi du temps, de l’écoute, de la persévérance, du courage politique.

Un commentaire sur “Bruxelles : base arrière du terrorisme ou avant-garde d’un nouveau logiciel ?

wodon susan dit :

Un medecin libanais travaillant à Molenbeek nous disait il y a 5 ans  » vous Belges vous ne vous rendez pas compte de la bombe à retardement à Molenbeek…………..vivre ensemble dans un pays démogratique demande acceuil mais également respect du pays dans lequel on vient vivre. Il y a trop de laxisme – pourquoi et surtout aujourd’hui aidons et soyons solidaires avec les jeunes et le femmes et que l’etat prenne sa place.

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