Green marketing et grande arnaque.

VW - Image

Les cris d’orfraie poussés par le secteur automobile depuis le début des réVWélations ne sont guère crédibles. Tout comme le Swissleaks qui a secoué la Suisse début 2015, ce scandale allemand n’a rien de vraiment étonnant. Ce n’est que quant au moyen choisi par VW pour se soustraire aux normes qu’on s’étonne. La fiabilité des tests en matière d’émissions des véhicules est mise en cause à l’échelon européen depuis des années par les écologistes et de nombreuses ONG. Le dernier rapport de « Transport & Environment » mentionnant des chiffres d’émission jusqu’à 20 fois plus élevés que ceux annoncés est sorti quelques jours avant que le pot aux fraudes ne soit dévoilé. Il ne manquait que le détonateur et c’est un bureau indépendant aux USA qui l’a actionné. Cette révélation pourrait d’ailleurs n’être que la première coulée de l’avalanche. L’onde de choc nous réserve chaque jour de nouvelles informations, que d’aucuns se chargent illico de tenter de minimiser.

En réalité, ce scandale est au secteur automobile ce que celui de la dioxine a été au secteur alimentaire : une fraude, des conséquences sanitaires et économiques et tous les niveaux de responsabilité politique concernés sans exception. Ce ne sont pas des poulets qu’on détruit mais des voitures qu’on rappelle, par millions. La seule différence, c’est que nous obliger à manger des poulets nourris à l’huile de vidange est perçu comme plus révoltant que de devoir respirer d’invisibles et inodores particules fines dont les dégâts sanitaires sont pourtant terriblement insidieux et graves.

Tout comme il était absurde d’affirmer dans les premières heures que les VW diesel vendues en Europe ne seraient pas concernées, il l’est tout autant d’imaginer que les autres constructeurs seraient exempts de ce genre de pratique aboutissant à tromper le consommateur, mais pas seulement lui. L’autorité publique, sourde aux mises en garde et sous pression d’un secteur particulièrement puissant à bien des égards, en est elle aussi pour ses frais en ayant déboursé indûment aides, primes et incitants fiscaux aux véhicules dits propres qu’elle pourrait bien vouloir récupérer. Du boulot en vue pour les cabinets d’avocats…

Après avoir été pris la main dans la sac, c’est la main sur le cœur que tous les constructeurs demandent aujourd’hui une enquête sur les contrôles anti-pollution. Au même moment, oscillant entre chantage et intimidation, ils tentent de réintroduire dans le nouveau système sur lequel planche la Commission les « flexibilités légales » et autres « optimisations », techniques qui ont permis jusqu’ici que les tests se pratiquent dans les labos des constructeurs en choisissant l’opérateur le plus proche des intérêts dudit constructeur! La Commission Européenne a toléré ces pratiques plus ou moins dissimulées pendant toutes ces années, pour ne pas prendre de front un secteur à qui elle a toujours réservé des faveurs, des accords plutôt volontaires qu’obligatoires, des délais d’application. Pourtant c’est la même Commission qui a édicté des normes sur la pollution de l’air et entamé 16 procédures d’infraction contre des États membres dont la Belgique, pour dépassement des taux de particules fines et de NO2, imputables principalement …aux véhicules diesel. Cherchons la cohérence.

Ce scandale sonnera-t-il le glas de la grande arnaque du green marketing automobile ? Certains l’avaient poussé très loin, au pays du soleil levant, en vantant il y a quelques années un véhicule « conçu et développé au pays des accords de Kyoto » ! Rien n’est moins sûr, même si le coup autant que les coûts seront rudes. L’image de marque d’une entreprise et d’un secteur, l’éthique et la responsabilité sociale, mais aussi les quelques 18 milliards de dollars d’astreinte annoncés vont peser lourd. Hélas pas autant que les centaines de milliers de victimes, adultes et enfants, dont l’espérance de vie est largement raccourcie en raison de la pollution de l’air.

Portera-t-il atteinte aux avantages octroyés au diesel, devenu sur papier « diesel propre » pour les justifier alors que ses émissions sont particulièrement néfastes et qu’un plan progressif de sortie du diesel s’impose ?

Mettra-t-il en lumière d’autres arnaques ? L’obsolescence programmée ne vaut guère mieux que les logiciels-espion. Elle est multiforme, concerne une gamme immense de produits et multiplie les stratagèmes de « fidélisation » des consommateurs. Le secteur informatique et de la téléphonie mobile est passé maître dans cette discipline. L’électroménager n’est pas en reste avec ses pièces scellées, non réparables. Pas plus que l’industrie alimentaire et ses dates de consommation et de péremption pour encourager la (sur)consommation, corollaire de la surproduction. Et en bout de chaîne, celui de la distribution qui soigne son image en se débarrassant de la charge que représente la gestion des invendus alimentaires en les mettant à disposition des banques alimentaires bien démunies pour en assurer la distribution.

C’est donc tout un système qui est une fois encore interrogé : avec la complicité des autorités publiques, les secteurs industriels, poussés par la course à la compétitivité, tentent de se soustraire aux contraintes environnementales tout en en faisant un argument de vente pour doper la consommation et augmenter les profits ! Belle schizophrénie à l’heure de l’économie circulaire et des nouveaux objectifs du millénaire pour le développement durables adoptés il y a quelques jours aux Nations Unies à New York. A méditer à la veille de la COP21 à Paris…

Un commentaire sur “Green marketing et grande arnaque.

Boulert G dit :

Les fabriquants-tout-puissants ont toujours plusieurs longueurs d’avance sur les gouvernements, moins bien informés ou conseillés, qui ne disposent pas des mêmes armadas de chercheurs ou d’avocats.
Profitant de leur avance, ils engrangent des bénéfices énormes, tandis que les gouvernements doivent payer les pots cassés (santé, nutrition, pollution) qui s’élèvent à des montants tout aussi exorbitants que les bénéfices précités.
Si ce n’était pas aussi écœurant, lamentable, et irresponsable, c’en serait admirable de stratégie.

Et même si les initiatives citoyennes d’économie circulaire se développent avec bonheur et enthousiasme, ce n’est encore qu’une tentative pour contrer les big sociétés mange-fric.

Comment inverser totalement le processus ?

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