En route Ecolo!

LLB - Interview - 241015

Aujourd’hui députée bruxelloise, Isabelle Durant a exercé de nombreuses fonctions politiques : vice-présidente du Parlement européen, présidente de parti, ministre, sénatrice, conseillère communale,… Que pense-t-elle des actuels coprésidents d’Ecolo ? Comment ce parti peut-il réémerger ? Faut-il supprimer la coprésidence ? Quelles sont ses ambitions ? Isabelle Durant est l’Invitée du samedi de LaLibre.be. 

Les nouveaux coprésidents, Zakia Khattabi et Patrick Dupriez, ont exprimé leur volonté de repositionner Ecolo plus à gauche. Soutenez-vous ce choix ?

Je ne sais pas s’ils le veulent plus à gauche. Le programme d’Ecolo a peu changé depuis leur arrivée. Comme d’autres écologistes en Europe, nous sommes dans une période de transition difficile. Il y a un désamour à l’égard du politique et nos sociétés ne vont pas très bien. Dans ce contexte de désenchantement, les écologistes ont des difficultés à réémerger. Ecolo doit trouver le bon ton, le bon chemin pour fédérer, pour être à la pointe de la transition.

Le duo que vous formiez avec Jean-Michel Javaux parvenait à séduire des électeurs centristes. Vu leurs positionnements, les coprésidents ne vont certainement pas les toucher…

Nous verrons, ils n’ont que sept mois derrière eux. Je plaide depuis toujours pour que nous parlions à tout le monde, que nous rassemblions. Y compris ceux qui ont peur des migrations, qui étaient favorables aux militaires dans la rue, qui ont râlé sur certaines actions syndicales… Qu’est-ce qui a fait gagner Ecolo ? Etre l’aimant, le pôle attractif ! Il ne faudrait pas nous cantonner à des choses confortables, à des petits univers de militants. On doit parler plus haut, plus fort. Même au sein d’Ecolo, existent certaines craintes, certains conservatismes, certaines peurs d’ouvrir des boîtes. J’attends des coprésidents qu’ils changent de braquet ou qu’ils l’ouvrent plus largement. Nous devons entrer de plain-pied dans l’économie du 21e siècle.

Khattabi et Dupriez vous demandent-ils conseil ?

On a des échanges, on a déjà discuté. Mais ils sont encore dans une phase de prise de marques… qui est peut-être un petit peu longue mais voilà… C’est à eux d’assumer le leadership qu’ils ont reçu et donc à prendre des risques, faire des arbitrages. On a reproché à Emily Hoyos et Olivier Deleuze d’être trop prudents pour protéger les majorités où figurait Ecolo. Ici, il faudra plus d’audace dans les choix de positionnements, de rencontres, de projets qu’on soutient.

Vous percevez une volonté de rupture avec les « anciens » ?

Non, au contraire, ils veulent retisser du lien. Une élection est toujours un moment de rupture. Je n’ai pas voté pour eux, ils le savent, mais cela ne nous empêche pas de travailler ensemble.

Etes-vous nostalgique de la période « Durant-Javaux », qui était très rassembleuse ?

Non, la nostalgie ne sert pas à grand-chose. Nous avions dû reconstruire après un échec, ce qui prouve que c’est possible de remettre Ecolo sur pied ! Je ne crois pas à la fatalité qui veut que nous serions dans une pente descendante. Ceux qui affirment cela sont des chacals qui ont envie de venir se servir sur la bête. Mais ils n’y trouveront pas énormément de morceaux gras.

Tous les partis ayant « verdurisé » leur programme, se présenter comme « écologiste » semble moins porteur qu’avant. Un changement de nom est-il envisageable ?

Je n’y suis pas du tout favorable. Je tiens à conserver notre identité écologiste. Fleurissent actuellement de nombreuses initiatives citoyennes qui bousculent le paysage de la vie économique et sociale. Il faut organiser les règles pour les faire vivre, grandir. Si on faisait cela, Ecolo reprendrait des couleurs, peu importe que le nom ou le sigle aient changé…

Faut-il supprimer la coprésidence ?

Non, c’est la formule la mieux adaptée ! Cela oblige à intégrer les logiques wallonnes et bruxelloises qui sont toujours différentes. Cela permet aussi d’avoir un homme et une femme. Je ne suis pas certaine que les femmes y trouveraient leur compte de la même façon si on avait une présidence unique… Pour la réflexion ou le partage du travail, la coprésidence est aussi très importante.

Zakia Khattabi semble beaucoup plus peser. Patrick Dupriez est-il nécessaire ?

Oui ! Il est plus branché sur les questions de ruralité, sur la sensibilité wallonne. Évidemment, dans les médias, il faut « être vu ». Or, on ne peut en envoyer qu’un sur les plateaux… Mais c’est vrai que, par moments, l’un des deux est plus mis en évidence que l’autre. Pour éviter à son ego d’exploser, il faut aussi pouvoir prendre du recul.

Zakia Khattabi a affirmé ne pas forcément vouloir être au pouvoir. Évelyne Huytebroeck estime, elle, qu’Ecolo doit gouverner pour apporter sa propre touche. Quelle approche soutenez-vous ?

Quand on a un programme politique, qu’on travaille à des propositions constructives, évidemment qu’on veut les appliquer ! Ce serait absurde de dire que les écologistes n’ont pas vocation à exercer les responsabilités. Si on a la possibilité, on doit sauter dans un attelage ! A condition bien sûr d’avoir une bonne déclaration de majorité, des outils et un bon rapport de forces. Je pense que Zakia et moi tenons le même discours, nous le prononçons juste différemment.

La prochaine échéance électorale, ce sont les communales de 2018. Quelles seront les ambitions d’Ecolo à Bruxelles ?

Là où l’on pourrait conserver ou conquérir – de façon démocratique, sans petit coup – l’un ou l’autre maïorat, on est preneur ! Mais ce n’est pas à moi d’établir la feuille de route des communes bruxelloises. Et on n’en est pas là, on est plutôt en train de voir comment les choses fonctionnent dans chaque commune. Evidemment, dans ma commune de Schaerbeek, je souhaite qu’Ecolo poursuive son travail au sein de la majorité.

Et vos ambitions personnelles ?

Je fais mon mandat le mieux possible au Parlement bruxellois mais, je ne m’en cache pas, j’aurais préféré poursuivre au Parlement européen. Si des postes se présentaient pour faire des choses au niveau international ou européen, bien sûr que je les prendrais. A ce moment-ci de ma carrière, c’est l’endroit où je serais la plus efficace. Je multiplie les possibilités pour y parvenir mais cela ne dépend pas que de moi.

En 2014, vous étiez opposée à Philippe Lamberts pour être tête de liste à l’Europe. Que les militants Ecolo l’aient désigné lui, ça a été douloureux ?

Oui… c’est clair ! La douleur a un temps, après il faut se remettre en route. Je ne suis pas du genre à pleurnicher dans mon coin.

Le départ d’Emily Hoyos relance cette question : la politique est-elle violente ?

Évidemment ! Y compris à Ecolo ! Ceux qui croient que, parce qu’on est un parti où les règles démocratiques sont plus importantes qu’ailleurs, on serait moins violent, hé bien ils se trompent. Ce qui fait votre force, c’est votre rapport de force (le nombre de sièges, de voix), et non pas vos propositions ou leur qualité. Quand on s’engage en politique, il vaut mieux le savoir. Connaissant la passion d’Emily pour la politique, je peux vous dire que son choix n’a pas dû être facile. Cela a été très violent pour elle ! Ce qui est parfois dérangeant, ce sont les bons sentiments des gagnants qu’on vous sert après qu’il y ait eu un rapport de force. C’est gentil mais, une fois qu’on a gagné, on n’a pas besoin de caresser indéfiniment ceux qui ont perdu. Je le dis de manière générale, je ne vise personne en particulier.

Vous avez déjà pensé quitter la politique ?

Non. J’ai commencé la politique tardivement, à 40 ans. Je souhaite mettre mes 20 ans d’expérience au service des jeunes d’Ecolo.