De nouvelles recettes pour une économie innovante – Quelques conseils culinaires au Gouvernement bruxellois…

 

Voilà un objectif louable : Faire de Bruxelles la capitale de l’esprit d’entreprendre et de l’innovation. La lacune principale du gouvernement bruxellois, le recours à des vieilles recettes. Oui à l’innovation mais quelle innovation ? L’innovation, ce n’est pas seulement de nouvelles découvertes, de la R&D (qu’il faut par ailleurs aussi soutenir, ce que les précédents gouvernements faisaient déjà et que celui-ci doit continuer.  Une économie créative, ce n’est pas uniquement la mode, la logistique, les métiers de bouche ou l’industrie de l’image. Ça, c’est le soutien aux créateurs. C’est très important, cela se faisait et doit continuer de se faire, mais cela n’a rien d’innovant.  Non, l’innovation, c’est la transformation d’opportunités en idées, actions et activités nouvelles. Un peu comme le projet ULB/VUB sur les casernes qui mélange et croise les approches à partir de l’opportunité que constitue cette caserne vide. Projet dont d’ailleurs vous ne citez dans votre déclaration que les aspects strictement urbanistiques. Dommage, c’est un vrai modèle dont vous ne vous saisissez pas.  L’économie créative rime avec originalité, imagination, inspiration, ingéniosité et inventivité. Autant d’éléments présents dans toutes les sociétés, dans toutes les couches de la population bruxelloise, quel que soit le niveau de développement d’une PME, le domaine dans lequel elle opère ou le niveau de formation de ceux qui en sont les chevilles ouvrières.  Chacun de ces bruxellois peut démontrer sa capacité à entreprendre en jouant de sa propre créativité à quelques conditions : décloisonner, jouer la transdisciplinarité, rester en alerte sur tout ce qui se fait sur toutes les évolutions, s’inscrire et initier de nouveaux réseaux.  C’est cela qu’il faut soutenir si on veut une économie créative. Depuis la boucherie en face des Abattoirs à la PME qui promeut des services aux personnes âgées à Woluwe en passant par le jeune indépendant qui va lancer sa start-up à partir d’une nouvelle application et qui a pour seul bureau et outil son portable, qui travaille seul mais doit pouvoir se frotter aux autres. Plus que d’une belle formule, ou de task force rassemblant les acteurs de la formation et des entreprises (ce qui franchement n’a rien de très innovant), c’est d’une stratégie transversale dont l’économie bruxelloise à besoin. Les centres de co-working à Dansaert ou aux Casernes en sont une toute première matérialisation.  Mais ce ne sera pas suffisant. Malgré son intérêt, ne vous suffisez pas du mémorandum de Comeos pour définir les ambitions en matière de commerce. Sortez des cases. Ne croyez pas que simplement rationaliser les outils suffira à booster l’esprit d’entreprendre même s’il faut évidemment le faire. Pourquoi, par exemple, ne pas promouvoir pour les PME existantes un audit de leur potentiel d’innovation ? Ce serait une solide manière de les mettre a l’abri de l’essoufflement ou de l’assèchement, dans un monde si concurrentiel et mouvant.  Favoriser l’accès de toutes initiatives y compris privées (comme CoEntrepreneurs Weekend) qui favorisent les pratiques innovantes ? Quel soutien pour ceux qui osent et ceux qui innovent ?

Je n’ai rien lu de neuf sur le soutien spécifique à la création d’entreprise ? Il est tout sauf sûr que les stimuler et les rationaliser suffira pour que la Région devienne une terre d’accueil des entreprises et attire les investisseurs étrangers…

Il y a pourtant des choses urgentes à faire,  je vous en suggère quatre :

  1. L’accompagnement de la croissance des TPE-PME parce qu’une entreprise qui croit, c’est aussi une entreprise qui embauche. Il est symptomatique de constater, malgré l’existence de nombreux organismes chargés de l’accompagnement des entreprises, que la majorité de leurs services se consacrent à la création d’activités ou à l’accompagnement en cas de difficultés. Ecolo veut également défendre une approche de l’accompagnement de l’entreprise en croissance, surtout lorsque l’on sait que la majorité des faillites a lieu après cinq ans. Un chef ou une cheffe d’entreprise pourrait ainsi profiter de conseils de développement, se voir offrir une analyse sur les nouveaux marchés à conquérir et les possibilités de partenariats stratégiques à nouer, ou enfin se voir proposer des diagnostics externes pour les aider dans leur pilotage de la croissance. Il est nécessaire que les outils et organismes publics de soutien à l’activité économique soient, avant tout, au service d’une économie réelle ancrée dans le territoire bruxellois.
  1. La transmission des entreprises – La transmission des entreprises, en particulier des PME, est l’un des enjeux majeurs d’ici à 2020. Selon le Centre de connaissances du financement des PME (CEFIP), la problématique de transmission touchera plus de 40 % des entreprises belges soit 30 000 entreprises/an et une bonne partie de bruxelloises. Il est donc indispensable de faire une vraie publicité d’un outil comme Brutrade, trop souvent encore méconnu ou encore de généraliser, garantir et amplifier les aides régionales spécifiques à la transmission d’entreprises comme les aides au tutorat pour l’encadrement d’un stagiaire en Région bruxelloise ou encore les produits financiers spécifiques proposés par les outils économiques bruxellois.
  1. Les filières d’avenir et les alliances emploi-environnement : que deviennent-elles ? Ces dernières années, le choix des filières d’avenir et de la justice sociale, avec une attention particulière pour les jeunes et les moins qualifié-e-s, a été fait et a donné de vrais résultats. Dans le secteur de la construction, on compte aujourd’hui 24.000 emplois (dont 13.000 occupés par des Bruxellois) : entre 2004 et 2012, entre 2.450 et 3.400 emplois ont été créés grâce à l’intégration des aspects énergie et éco-construction.
  1. L’accès au financement : votre note est pauvre si ce n’est la recherche proactive de nouveaux investisseurs. Oui évidemment mais cela ne se décrète pas. Là encore, des bruxellois innovent sans attendre le politique… pourquoi ne pas les soutenir, surtout quand très injustement d’ailleurs, les partenaires bancaires sont si frileux en termes d’accès au capital ? Pourquoi ne pas généraliser le système « win-win lening » qu’on pourrait nommer le « prêt proxi » (nous proposerons un texte en ce sens), évidemment en contrôlant plus fortement l’origine des fonds, pour lutter contre le blanchiment, et en accordant une réduction plus importante pour les PME travaillant dans le domaine des technologies durables et dans l’économie de fonctionnalité. Pourquoi ne pas encourager le secteur du microcrédit privé ?

Les grandes villes européennes sont toutes, peu ou prou, confrontées à la désindustrialisation, à la pression démographique, à la paupérisation de leurs habitants. Elles ont plus besoin de PME et de créateurs d’activités que d’activateurs de chercheurs d’emploi. Et celles qui réussissent ne se sont pas contentées de rationaliser leurs outils. Elles en ont surtout créé de nouveaux pour soutenir l’innovation, et comme vous le souhaitez l’esprit d’entreprendre.

Le chemin pour en devenir la capitale européenne exigera de rectifier le tir…